L'ailleurs et la quête de soi dans l'oeuvre de J.-M. G. Le Clézio

Auteur de la thèse: 
Directeur de thèse: 
Benoit Éric, Gaha Kameleddine
Université: 
Université Bordeaux Montaigne
Année de soutenance: 
2013

Résumé

La problématique est de suivre comment Le Clézio, en faisant de l'espace une donnée fondamentale, parvient à en faire une donnée déterminante de l'altérité linguistique et à créer un style qui se construit au fil du changement. Cette caractéristique est aussi génératrice d'une identité particulière: grâce à ces espaces revisités tant par la fiction que par le déplacement, Le Clézio fait de l'écriture un espace d'autocréation et de quête de l'identité personnelle. Loin de s'abandonner à l'autobiographie directe et différente de l'autofiction, l'écriture leclézienne s'interroge sur un possible rapport entre le vivre et l'écrire. Elle se veut une possibilité d'exister et de revivre à chaque fois un passé ancestral que l'auteur n'a jamais connu. En cela, elle est réintégration de l'ailleurs dans une perspective de re-conquête de soi. Le Clézio a opté pour une esthétique du divers qui a fait du déplacement un principe fondamental, une sorte d' « errance sur la terre errante ». C'est pour cela que la langue se fait, elle aussi, mobile, une langue qui change à la frontière de l'Ici, là où le français se fait également voix de l'autre dans toute sa différence et voix de l'auteur. L'errance dont Le Clézio a renouvelé le sens depuis Le Livre des fuites touche tous les détails de la création littéraire. Nous assistons à une mobilité constante qui est plutôt "mobilisme" comme chez Bergson, là où la langue se fait parole écrite perpétuellement renouvelée. Ce choix esthétique a tout un soubassement philosophique qui s'inscrit dans la perspective de la rupture avec la pensée occidentale. Le Clézio revendique une nouvelle manière d'être au monde profondément liée à la circonstance. La mobilité appliquée à tous les détails de l'écriture, se trouve ontologiquement transposée en un devenir autre constant qui se présente comme trait définitoire d'un sujet qui vit mal la sédentarisation. Ainsi, le «je », libéré de toute historialité particulière, est toujours en quête d'un espace vital en perpétuel changement. En fait, l’Etre, dans la perspective leclézienne, est plutôt Etre-à. Loin de la conception cartésienne, Le Clézio fait de l'espace une des principales composantes d'un cogito qui est plutôt praxis dans le sens où le sujet doit quitter le cadre de la pensée, qui est aussi une prison, vers l'ouverture sur le monde. L'être-à leclézien est un passage du penser au vivre et du vivre à l'exister dans le sens d'une habitation poétique. C'est en dépassant l'autoréflexivité que le sujet se réalise en tant qu'entité non exclusivement cérébrale.

 

Abstract

The main question is to explain how Le Clézio, while considering space a fundamental dimension, manages to make it a determining factor in the linguistic otherness and thus creates a style that is built all the way through change. This feature generates a unique identity. In fact, thanks to these revisited spaces both by fiction and displacement, Clézio is writing a space of self-creation and quest for personal identity. Far from yielding to direct autobiography which is different from autofiction, Le Clézio’s writing questions a possible relationship between living and writing. His writing claims the possibility to live and relive whenever an ancestral past is evoked and that the author has never known. As such, it is the reintegration of the somewhere in the perspective of self re-conquest. Le Clézio opted for an aesthetic of diversity that has made of displacement a fundamental orientation, a kind of "errance sur la terre errante". That is why language is made mobile. It is a language that changes on the borders of “the Here” and where French itself becomes a voice for the other in all its differences and also a voice of the author. The Errand that Le Clézio has renewed its meaning in Le Livre des fuites affects the very details of literary creation. We are witnessing a constant mobility is rather "mobilism" as with Bergson, where language is rendered a perpetually-renewed written word. This aesthetic choice is a whole philosophical foundation that fits in the context of the break with Western thought. Le Clézio boasts a new way of being in the world profoundly related to circumstantiality. Mobility applied to all the details of writing is ontologically transposed into another constant becoming that delimits a subject who badly lives settlement. Thus, the "I", free of any particular historicity, is still in search of a vital space in perpetual change. In fact, Being, according to Le Clézio is rather Being. Away from the Cartesian conception, Le Clézio renders space a major component of a cogito which is rather praxis in the sense that the subject must leave the framework of thought, which is also a prison, to the opening of the world. The Le Clézien l’être-à is a passage from thinking to living and from living to existing in the sense of poetic dwelling. It is by going beyond self-reflexivity that the subject is self- realized as an entity that is not exclusively cerebral.

 

Jury

Mathieu-Job Martine, Benoit Éric, Gaha Kameleddine, Auroy Carole, Harbaoui Chaabane, Trabelsi Mustapha


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